São Nicolau, mode d'emploi
Guide d'île · Barlavento

São Nicolau,
mode d'emploi

Un volcan éteint couvert de dragonniers, des plages de sable noir que personne ne connaît, et une île où il n'existe aucune agence de tourisme. São Nicolau est la plus rurale des îles au vent — et celle qui demande le plus de patience.

1 312m au Monte Gordo
51km d'est en ouest
952ha de parc naturel
800dragonniers
5randonnées balisées
0agence de tourisme

São Nicolau ne se visite pas, elle se traverse. La puissance de la nature y éblouit d'emblée, parfois encore vierge de toute présence humaine. C'est une île rurale, authentique, aux traditions fortement ancrées, où l'hospitalité n'est pas un argument commercial — et pour cause, il n'y a presque rien à vendre.

C'est aussi la moins accessible des îles au vent. Les liaisons dépendent de la météo, la location de voiture est déconseillée tant les pistes sont mauvaises, et les chauffeurs d'aluguer refusent souvent l'est de l'île. Ce qui explique le nombre limité de restaurants — et la qualité des rencontres.

L'essentiel avant de partir

  • ArriverVols inter-îles avec la compagnie nationale, ou bateau avec la compagnie maritime. L'accès est parfois interrompu par les conditions météo : garde de la marge.
  • Pas de voitureLa location est déconseillée, l'état des pistes étant désastreux. Tu n'en auras que rarement besoin.
  • Les aluguersBlancs ou rouges, ils desservent les principales localités. Rares sont les chauffeurs qui acceptent l'est, où les pistes sont particulièrement mauvaises.
  • Aucune agenceIl n'existe pas d'agence de tourisme physique sur l'île. Les excursions se règlent de la main à la main, par WhatsApp ou sur place à Tarrafal.
  • À ne pas manquerRibeira Brava, le Parque Natural do Monte Gordo, et la Praia de Baixo de Rocha.
Se repérer

L'île en trois zones

Cinquante et un kilomètres d'est en ouest, et trois mondes différents : la vallée centrale autour de Ribeira Brava, la côte ouest où l'on séjourne, et l'est presque inaccessible. Clique une zone pour ne garder qu'elle.

Zone
Plage Village Site & curiosité

À vérifier avant publicationLes positions sont approximatives et servent à situer, pas à naviguer. Sur une île où les pistes sont mauvaises et non balisées, corrige le tableau LIEUX avant de mettre la page en ligne.

La question qu'on se pose vraiment

Quelle plage, et peut-on s'y baigner ?

Les plages de São Nicolau sont les moins connues du Cap-Vert. Sable gris-noir d'origine volcanique sur la côte de Tarrafal, sable blond à Baixo de Rocha, et une piscine naturelle à l'est.

PlageDepuisAccèsBaignade

Une particularité localeLe sable noir de Tedja est réputé riche en iode et en titane, et on lui prête des vertus curatives. Les habitants s'y roulent volontiers — fais comme eux.

Photo · 3:1 · Ribeira Brava
Emplacement photo — Ribeira Brava et sa cathédrale.
Zone 1

Ribeira Brava et la vallée

StanchacarnavalMonte Gordodragonniers

Le cœur historique et intellectuel de l'île, coincé au pied d'une falaise, et la vallée la plus verte du Cap-Vert juste au-dessus.

Ribeira Brava, dite Stancha

à piedchef-lieu

« Stancha », de son diminutif créole, est née au 16e siècle au pied d'une falaise abrupte, à l'intérieur des terres — pour échapper aux pirates. La ville tient davantage du gros village : bâtisses à l'architecture coloniale, ruelles pavées étroites et calmes, jardins fleuris.

Sur le terreiro, la place principale où se concentre l'essentiel des activités, la cathédrale Nossa Senhora di Rosário — l'une des plus anciennes de l'archipel, 18e-19e siècle — se dresse majestueusement. À quelques encablures, le Seminário-Liceu fut le véritable foyer intellectuel de l'archipel : de 1866 à 1918, il a formé plusieurs générations d'élèves dont certains ont compté parmi les élites du pays.

Le bon momentLe carnaval de Ribeira Brava est le deuxième plus réputé de l'archipel, après celui de São Vicente. Si tes dates sont souples, cale-toi dessus.

Caleijão, le village de Chiquinho

3 km au sudaluguer

Des hauteurs de Caleijão, on aperçoit l'Océan et le joli port de Preguiça. Village agricole typique de l'archipel, avec ses maisons en pierre blanchies à la chaux et couvertes de chaume.

Son charme tient surtout à son aura : c'est ici qu'est né Baltazar Lopes da Silva (1907-1989), auteur de Chiquinho, l'ouvrage fondateur de la littérature capverdienne paru en 1936. Aujourd'hui le village est en majorité composé de jeunes, tous impliqués dans des activités artistiques — théâtre, danse.

Cabeçalinho et son miradouro

5 km au sudsur la route de Tarrafal

Un petit village d'agriculteurs et d'éleveurs perché sur la route pentue qui mène à Tarrafal. Ses quelque cent cinquante habitants accueillent chaudement dans leurs maisons traditionnelles construites à flanc de montagne. C'est l'occasion de goûter le grogue ou le fromage de chèvre agrémenté de papaye confite — le doce de papaia.

Le geste à faireMonte jusqu'au miradouro, le point d'observation aménagé en 2012 : la vue sur la vallée y est splendide, et c'est aussi le départ du sentier vers Fontainhas.

Ribeira de Fajã, le potager de l'île

11 km au norddépart de randonnées

La vallée de Fajã est la plus verte de l'île, entourée de montagnes dont la plus haute est le Monte Gordo. Ici tout pousse en abondance — patates douces, maïs, manioc — et se cultive en terrasses, grâce au système d'irrigation de Fajã.

On y admire les dragonniers, reconnaissables à leur forme en parasol, une espèce hélas menacée d'extinction. Au plus haut de la route, un magnifique panorama sur la côte ouest permet de contempler Tarrafal et ses plages.

Parque Natural do Monte Gordo

entrée par Cachaço952 haentrée payante en semaine

Le Monte Gordo, volcan éteint qui culmine à 1 312 m, est un paradis pour les amateurs de nature et les botanistes. Créé en 2003, le parc abrite aussi bien des écosystèmes façonnés par l'homme — les cultures en terrasses — que des espaces peu anthropisés : forêts d'altitude peuplées d'eucalyptus, de sisals, de pins, de caféiers et de dragonniers.

Une trentaine d'espèces végétales endémiques y ont été inventoriées, dont le tortolho, un arbuste de la famille des euphorbes qui s'épanouit dans les zones les plus arides. C'est l'un des rares endroits où voir la végétation indigène de l'île avant la dégradation des terres qui a touché une grande partie de l'archipel.

La visiteOn entre par le village de Cachaço. De là, une piste pavée monte en pente raide vers un gîte, point de départ des randonnées. En chemin, de petits villages disséminés — Hortelão Calhaus, Palhal. Au sommet, par temps dégagé, on aperçoit São Vicente et Santo Antão.

Estância de Brás

10,5 km au nord-ouest45 min de marche

Dans une zone semi-aride de la côte nord-ouest, ce charmant village accroché à la falaise domine la mer — une image de carte postale. Ses habitants vivent de l'agriculture et de la pêche.

Un chemin pavé file vers la montagne : suis-le pour une promenade de 45 minutes jusqu'au village fantôme de Ribeira Funda. Sensations fortes garanties sur ce chemin de 400 m de dénivelé qui longe l'Océan à droite et la montagne rocailleuse à gauche.

Au retourPause sur la plage de galets du village pour une baignade rafraîchissante.
Couleur locale

Le tunnel qui a changé l'île

La galerie de Fajã est un site géologique remarquable — et elle a révolutionné la vie de São Nicolau.

En constatant que les eaux de pluie du Monte Gordo s'écoulaient dans la vallée sans qu'on puisse les retenir, des ingénieurs ont eu l'idée de percer un tunnel horizontal de mille cinq cents mètres dans les basaltes récents. L'eau captée descend alors par simple gravité jusqu'aux cultures — là où des forages auraient exigé de pomper à deux cents mètres de profondeur.

Ces travaux ont largement contribué à l'essor d'une agriculture qui souffrait du manque d'eau. C'est la raison pour laquelle la vallée de Fajã est aujourd'hui le potager de l'île.

Photo · 3:1 · Tarrafal
Emplacement photo — les barques de Praia de Tedja, à Tarrafal.
Zone 2

Tarrafal et le nord-ouest

la plus grosse villeconserverie de thonsable noirCarbeirinho · 4×4

C'est ici qu'on séjourne, qu'on mange et qu'on se baigne. Et c'est d'ici que partent les excursions vers les deux merveilles de l'île.

Ribeira do Tarrafal

30 km au sud-ouestvia Cachaço

Érigée en commune en 2005, Tarrafal n'a cessé de prendre de l'importance, supplantant peu à peu sa voisine Ribeira Brava. C'est désormais la plus grosse ville de l'île et le lieu de séjour le plus fréquenté. Elle vit principalement de la pêche, et sa conserverie de thon, fondée en 1935, est considérée comme la meilleure du Cap-Vert.

On y fait des rencontres en flânant le long des petites rues autour du centre — ne sois pas surpris d'être invité à une fête de baptême. Des plages superbes attendent à quelques kilomètres.

Le port de pêche, à 7 h du matin

à pieddès l'aube

À Tarrafal, la journée commence sur le quai, dès sept heures, quand les barques colorées reviennent de la mer avec toutes sortes de prises. Le ballet des pêcheurs rythme les matinées de la ville.

Il est fascinant d'observer la petite cohue qui se crée alors : femmes et hommes se bousculent et s'interpellent joyeusement pour faire les meilleurs achats. À deux minutes du centre, ne manque pas la Praia de Tedja, plage de sable noir d'origine volcanique — et très bon spot pour le coucher de soleil.

Praia de Baixo de Rocha

6 km au sud de Tarrafal1h30 à piedou aluguer, ou barque

Elle pourrait sans difficulté être classée parmi les plus belles plages de l'archipel. Baixo de Rocha déroule son ruban de sable blond ponctué de rochers dans une large crique ceinturée de falaises d'orgues basaltiques qui découpent l'espace.

Le chemin n'est pas évident : il faut louer un aluguer, marcher une heure et demie en longeant la côte vers le sud — un itinéraire superbe dans un paysage quasi lunaire — ou faire l'aller-retour en barque avec un pêcheur.

Sur placeL'eau est turquoise et peu agitée, ce qui facilite la baignade. Mais la plage est déserte : prévois de l'eau et un en-cas. Le dimanche, les habitants de Tarrafal viennent y pique-niquer.

Carbeirinho, l'une des sept merveilles

4×4 indispensable10 km au nordbaignade déconseillée

Un site secret, tant le chemin qui y mène est long et difficile à trouver. Le mieux est de se faire accompagner ; si tu préfères être autonome, loue un 4×4 et demande ta route.

En arrivant, on comprend vite pourquoi le site est classé parmi les « sept merveilles du Cap-Vert ». L'érosion provoquée par les vents et les courants marins y a creusé au fil des siècles une grotte splendide et sculpté d'étranges figures sur la paroi rocheuse. Un tableau époustouflant.

PrudenceLe site est idéal pour pique-niquer, mais la baignade est fortement déconseillée : sur cette côte exposée aux vents et à la houle du large, le moindre rouleau peut t'emporter. Et le soleil y est brûlant — couvre-chef obligatoire.

Praia Branca et Ribeira da Prata

14 km puis 7 kmroute pavée

De Tarrafal, la route pavée qui mène au nord-ouest longe une superbe côte balayée par les vents. À droite, les paysages verdoyants et semi-désertiques se succèdent pendant dix-sept kilomètres jusqu'à la ravissante et tranquille localité de Praia Branca.

Continue tout au nord vers Ribeira da Prata, un bourg lové dans une vallée luxuriante où la canne à sucre est cultivée en abondance — c'est le royaume du grogue. Les habitants ne manqueront pas de te conduire admirer ce qui fait leur fierté : la Rocha Scribida, une roche portant des inscriptions qui ne sont que des concrétions sédimentaires, mais que les villageois tiennent pour le témoignage d'une présence humaine antérieure aux navigateurs portugais.

Le bon momentPasse à Praia Branca pour la fête de São João, au solstice d'été : défilés, danses et repas gargantuesques pendant tout un week-end.
Photo · 3:1 · la côte est
Emplacement photo — la piscine naturelle de Juncalinho.
Zone 3

La côte est

PreguiçaJuncalinhoCarriçal · 2 h de pistepeu d'aluguers

La partie la plus difficile d'accès de l'île, et celle que les chauffeurs refusent souvent. C'est aussi là que commence l'histoire de São Nicolau.

Preguiça, le premier port

15 km au sud-estbaie de São Jorge

Preguiça est le seul village de la baie de São Jorge et le tout premier port aménagé de l'île, avant la construction de celui de Tarrafal en 1985. C'est ici que commence l'histoire de São Nicolau, au 16e siècle.

Les ruines de l'ancien bâtiment des douanes et celles du fort du Prince royal — construit en 1818 à l'emplacement d'une forteresse érigée deux cents ans plus tôt — donnent à la localité un charme atypique. Au centre, une belle église bleue ; puis le chemin pavé bordé d'anciens entrepôts transformés en maisons d'habitation mène au quai et à une petite plage de galets.

Le geste à faireGrimpe sur les hauteurs : la vue sur l'Océan y est imprenable.

Juncalinho et sa piscine naturelle

22 km à l'estpiste pavéebaignade sûre

La localité en elle-même présente un intérêt limité. Mais le chemin qui y conduit est épique : bordée de falaises rocheuses balayées par les vents, la piste pavée partant de Ribeira Brava traverse des paysages désertiques.

Et le village recèle la plus belle piscine naturelle de São Nicolau : les rochers ont formé un superbe bassin qui retient l'eau à marée basse, où l'on se baigne en toute sérénité, à l'abri des courants.

Carriçal, au bout du bout

4×4 obligatoire46 km à l'est2 h de piste

Il ne manque pas de charme avec sa plage et son petit port de pêche. Mais rejoindre ce village de pêcheurs, à l'extrême est de l'île, est une véritable odyssée : il faut braver deux heures de piste en très mauvais état, tracée sur une crête à plus de mille mètres d'altitude.

Un bout de la route a été pavé à la main par les femmes et les jeunes filles de Carriçal pour aider à désenclaver leur village, coincé entre les montagnes et la mer. Aucun aluguer ne vient ici : il faut louer un 4×4 ou s'arranger avec un chauffeur.

C'est dans l'air

Le dragonnier, revenu d'entre les morts

Arbre emblématique du Cap-Vert devenu le symbole du parc naturel du Monte Gordo, le dragonnier — dragoeiro — avait presque disparu de l'île.

Deux causes à cela. L'usage répandu de sa sève, nommée « sang-dragon », dans la médecine traditionnelle pour soulager les douleurs musculaires. Et, dans les années 1960, l'exploitation horticole qui en a fait un article commercial.

Grâce à une politique de reboisement, le parc en compte aujourd'hui plus de huit cents spécimens. On les reconnaît de loin à leur silhouette en parasol — un arbre considéré comme fossile, qu'on ne voit nulle part ailleurs dans ces quantités.

Le vrai motif de venir

Les cinq randonnées, sur la carte

Sans agence de tourisme et sans voiture, la marche est la façon naturelle de parcourir São Nicolau. Voici les cinq itinéraires balisés, leur point de départ, leur arrivée, et ce qu'ils coûtent en jambes.

Difficulté
Facile Moyenne Difficile Point d'arrivée
Les cinq itinéraires
ItinéraireDistanceDuréeDénivelésDifficulté

Deux règles absolues iciAucun de ces sentiers n'est ombragé sur toute sa longueur, et l'île ne compte aucun service de secours en montagne. Pars tôt, dis à quelqu'un où tu vas, et pour les itinéraires en aller simple, réserve le véhicule du retour avant de partir.

Quand venir

Ce qui dépend de la saison

Sur São Nicolau, la vraie variable n'est pas la température : c'est la météo qui décide si l'avion et le bateau partent.

À anticiperLes liaisons vers l'île sont régulièrement interrompues par les conditions météo. Ne prévois jamais d'en repartir la veille d'un vol international : garde au moins un jour de battement.

Nos adresses

Où manger, et qui contacter

L'île étant peu touristique, les restaurants sont peu nombreux — et dispersés sur quatre localités. Les points sont sur la carte de l'île, plus haut.

Une base de départ, pas une sélection

Ces adresses sont des repères de guide, pas des tables testées — vérifie-les avant de publier et remplace-les à mesure que tu y vas. Les horaires et les numéros de téléphone ne sont volontairement pas listés : ce sont les informations qui vieillissent le plus vite.

Aucun coup de cœur n'est coché : c'est à toi de désigner les tiens. Ouvre le tableau ADRESSES en haut du script et passe coup:false à coup:true sur ceux que tu recommandes vraiment.


Avant de partir

Ce qui se prépare

La marge sur les dates

C'est le conseil numéro un pour cette île. L'accès dépend de la météo et les liaisons sautent régulièrement. Un jour de battement avant ton vol de retour n'est pas du luxe.

Pas de voiture

La location est déconseillée et tu n'en auras que rarement l'usage. Les aluguers desservent l'ouest sans problème ; pour l'est, il faut négocier, souvent avec un 4×4 et un chauffeur.

Pas d'agence

Aucune agence physique sur l'île. Les excursions se réservent par téléphone ou messagerie, auprès des guides basés à Tarrafal et Ribeira de Fajã. Contacte-les avant d'arriver.

Le soleil

Aucun des sentiers n'offre d'ombre continue, et sur la côte le soleil est brûlant. Couvre-chef, protection solaire et deux litres d'eau — ce n'est pas une précaution, c'est le minimum.

Les espèces

Peu de commerces acceptent la carte hors de Ribeira Brava et Tarrafal. Prends des espèces avant de partir vers l'est ou vers les villages de montagne.

Les tocatinas

Ces petits bals improvisés surgissent sans prévenir, souvent le week-end. Si on t'invite, accepte : c'est ce que tu raconteras au retour, pas le Monte Gordo.

Il n'y a ici ni agence, ni voiture de location, ni vraiment de tourisme. C'est exactement ce qui en fait le prix.

Fond cartographique OpenStreetMap, sous licence ODbL. Les coordonnées des points et les tracés de randonnée sont indicatifs et demandent à être vérifiés avant publication.

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